Une histoire ouverte
Le Festival des migrations, des cultures et de la citoyenneté célèbre sa 43e édition.
Créé en 1981, avec quelques stands sur la place Guillaume, il est devenu un événement incontournable de la vie sociale, politique et culturelle du Luxembourg.
Depuis le début, le Festival a voulu ouvrir des possibles.
Indiquer un chemin.
Celui du droit à la citoyenneté pour les travailleurs immigrés.
La création du Salon du livre et des cultures, puis d’ArtManif, a marqué cette volonté d’élargir ces possibles.
De faire de l’étranger un porteur de culture.

Le chemin a été long.
Semé d’embûches.
Mais nous avons ouvert une porte qui ne s’est jamais refermée.

Aujourd’hui, le Festival est un rituel de la vie citoyenne.
Un espace ouvert à la diversité des expressions culturelles.
Un lieu où se mêlent les premières générations et celles plus récentes.

L’histoire que nous construisons est celle d’une relation.
Celle d’une société où les mémoires, les traditions, les expressions et les engagements se croisent, se partagent, s’inventent.

Le Festival est là pour affirmer notre commune humanité.
Le métissage culturel du Luxembourg.
Notre volonté de contribuer à une société ouverte sur le monde et ses cultures.

Face aux replis identitaires et à une situation politique mondiale inquiétante, nous demandons aux pouvoirs publics, au Gouvernement luxembourgeois, de nous soutenir.
De continuer à faire du Luxembourg cette exception culturelle où toutes les cultures, toutes les expressions et tous les citoyens participent à la société de demain.

Le devoir de résistance
Le chemin que nous avons ouvert à travers le Festival des migrations, des cultures et de la citoyenneté s’inscrit dans un contexte mondial qui nous interpelle.
Le monde devient de plus en plus inquiétant.
Au bord de la rupture.
Nous le savons depuis longtemps.

Ces derniers mois ont aggravé cette inquiétude.
Des décisions politiques toujours plus mercantiles,
la montée des extrêmes,
la multiplication des conflits,
le spectre d’une nouvelle guerre mondialisée.

Face à ce monde sans boussole, où la force du plus fort s’impose et où les immigrés sont traqués, nous voulons rappeler un principe essentiel : le devoir de résistance.
Une résistance face à la marche d’un monde devenu plus inégalitaire, plus injuste, plus meurtrier.
Cette résistance, y compris au Luxembourg, ne peut s’organiser que par l’existence d’une société civile forte.
Nous rappelons l’importance d’être des citoyens pleinement engagés.
De pouvoir questionner l’ordre établi.
De manifester sans crainte.
D’être entendus par les pouvoirs publics.

Face aux fake news, aux algorithmes et aux multiples entraves à la liberté de la presse, nous réclamons un réel droit à la liberté d’expression.
Nous pensons aux journalistes assassinés, emprisonnés, empêchés de faire leur métier à travers le monde.
Nous restons convaincus que la société civile et les citoyens engagés ne sont pas ceux qui sèment la pagaille. Ce sont ceux qui éclairent la réalité, réparent les injustices, rétablissent des équilibres, inventent d’autres possibles quand tout devient obscur.
Les citoyens de Minneapolis nous l’ont montré : il est possible de contrer la peur et la loi du plus fort.
Les injustices peuvent être combattues.
Marchons dans leurs pas.
L’engagement citoyen, ici
À l’occasion du Festival des migrations, des cultures et de la citoyenneté, nous voulons partager nos préoccupations sur le devenir de l’engagement citoyen au Luxembourg.
Le Festival en est une belle vitrine.
Mais nous savons que ce tissu reste fragile.
Au quotidien, nous constatons une transformation profonde de l’engagement associatif.
Des femmes et des hommes qui se sont engagés toute leur vie pour le bien de leur communauté se sentent aujourd’hui fragilisés.
Parfois même dépossédés d’une forme de légitimité.
Non pas parce que leur engagement serait moindre.
Mais parce que les exigences deviennent toujours plus techniques, plus administratives, plus juridiques.
Peu à peu, nous passons d’un monde où le militant associatif était d’abord engagé pour sa communauté,
à un monde où l’acteur engagé est avant tout un administrateur compétent.
Cette évolution n’est pas neutre.
Elle transforme le sens même de l’engagement.
Plus largement, le Luxembourg ne s’est pas encore doté d’une politique globale de soutien aux dynamiques associatives et citoyennes.
Le modèle actuel, fondé sur les associations locales et le bénévolat, ne reflète plus la diversité croissante d’un mouvement multiforme, profondément transformé.
Nous demandons qu’une politique ambitieuse voie le jour.
Une politique capable de soutenir l’ensemble du secteur associatif
Et de lui permettre de se renouveler à la lumière des évolutions de la société.
Nous souhaitons également transmettre aux jeunes générations le goût de l’engagement, de la solidarité et du débat démocratique.
Car cet engagement est au cœur même de la fabrique de la société.
Et c’est précisément cet esprit de partage et d’engagement que le Festival cultive depuis 43 ans.

Coumba Fall, 
Présidente du CLAE